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jeudi 18 novembre 2010

Mystère

years_keeping par darquekiddquinn12
 Voici mon texte sur le thème Mystère.
 J'ai eu beaucoup de mal à clore ce récit. Et vous, quelle fin auriez-vous imaginée?...



Il était une fois, il y a fort longtemps,  tout en haut d’une montagne enneigée, un petit village dont plus personne ne se rappelle le nom.
Ce village avait l’air tout à fait ordinaire. Il comptait peu d’habitants et ceux-ci étaient toujours d’humeur joyeuse. Les rares voyageurs qui faisaient escale en ce lieu alpestre étaient chaleureusement accueillis : le boulanger leur préparait ses fameux petits pains à la cannelle et les femmes confectionnaient de délicieuses tartes aux pommes.
Mais un jour, un étranger peu avenant arriva. Il n’adressa la parole à personne, sauf à l’aubergiste à qui il demanda une chambre. Il ne dîna même pas et alla se coucher immédiatement. Les habitants se dirent qu’il devait être exténué car l’accès au village était périlleux. Le lendemain matin, le boulanger lui apporta des petits pains directement à l’auberge. Mais l’étranger maugréa et n’y jeta pas un regard. Le boulanger s’empressa de raconter cet épisode à ses voisins et chacun se fit son opinion. L’homme rentra le soir à l’auberge et n’en sortit pas avant le lendemain matin.
Ceci dura plusieurs semaines. L’homme sortait le matin et rentrait la nuit. Les femmes se rassuraient en disant : « Au moins, il ne rode pas devant chez nous ! Et il ne fait de tort à personne. Laissons le tranquille… ».
Toutefois, leurs maris n’étaient pas du même avis. Ils se gardèrent pourtant de le dire jusqu’à ce qu’un beau jour, chaque habitant trouve une lettre cachetée sur le pas de sa porte.
Les lettres ne comportaient aucun nom. Il n’y avait aucun moyen de savoir d’où elles provenaient. En les ouvrant, tous furent surpris de ne rien lire : une figure était simplement dessinée au crayon. Une sorte d’animal inquiétant, comme un loup, entouré de volutes.
Tout les villageois restèrent perplexes. À la nuit tombée, certains ne purent dormir sur leurs deux oreilles car ce dessin les avait inquiétés. Qui était à l’origine de ce courrier mystérieux ? Les hommes pensaient à leur hôte.
Deux jours plus tard, le curieux postier passa à nouveau sans que personne ne pût le voir. Sur le palier de chaque maison se trouvait une seconde lettre. Cachetée elle aussi et contenant un dessin qui fit beaucoup réfléchir les pauvres gens. Cette fois, on pouvait deviner un cheval à l’orée d’un bois.
Celui qu’on appelait l’idiot du village, car lui-même ne savait plus comment il se nommait, avait été désigné pour passer la nuit sous le porche et surveiller les environs.
Mais cette nuit-là, le postier ne passa pas.
L’idiot passa une semaine entière dehors, et il ne vit rien. Les villageois décidèrent donc de laisser cette histoire de côté. L’un d’eux fit néanmoins remarquer que le voyageur arrivé quelques temps auparavant n’avait pas reparu depuis plusieurs jours. Les femmes et les enfants commencèrent à s’affoler et les hommes durent rassurer tout ce petit monde.
Un matin, tous tombèrent sur une troisième lettre mais celle-ci était blanche. Blanche oui, mais un tout petit oiseau, un pigeon ou une colombe, était esquissé dans un coin.
Tous les habitants du paisible village se rassemblèrent et se creusèrent la tête pour comprendre ces messages codés. Le voyageur n’avait toujours pas refait surface et l’aubergiste assurait qu’il n’avait pas récupéré la clé de la chambre.
Le charpentier, un homme rustre et sans manières, décida de faire irruption, la nuit venue, dans la chambre de l’inconnu.
Les hommes s’armèrent de patience et lorsque le soleil se fût couché, ils se dirigèrent vers l’auberge. En guise de salut, on leur ordonna de ne pas faire de bruit. L’aubergiste frappa mais personne ne répondit… Il força alors la porte et…

L’étranger n’était pas là.
Sur le mur, un dessin. Un dessin magnifique qui était tâché par de la cire rouge.
Les hommes, époustouflés par tant de beauté et de délicatesse furent comme obnubilés par les traits fins du visage qu’on avait représenté. Ils décidèrent de rentrer chez eux, à demi rassurés et en ayant, pensaient-ils, résolu le mystère des enveloppes : l’étranger devait tout simplement être un artiste qui préférait vivre reclus. Ses œuvres ne pouvaient faire de mal à personne.
Ce qu’ils ignoraient cependant, c’est que cette chambre n’était pas la sienne…


mardi 16 novembre 2010

Domingo F. Sarmiento, El Chacho (1898)

Voici un texte qui m'a donné du fil à retordre...
N'hésitez pas à commenter et à critiquer!

En septiembre de 1842, cuando todavía no dan paso las nieves que se acumulan durante el invierno sobre la areta central de los Andes, un grupo de viajeros pretendía desde Chile atravesar aquellas blancas soledades, en que valles de nieve conducen a crestas colosales de granito que es preciso escalar a pie, apoyándose en un báculo, evitando hundirse en abismos que cavan ríos corriendo a muchas varas debajo; y con los pies forrados en pieles, a fin de preservarse del contacto de la nieve que, deteniendo la sangre, mata localmente los músculos haciendo fatales quemaduras.
Los Penitentes ; columnas y agujas de nieve que forma el desigual deshielo, según que el aire o el sol hieren con más intensidad, decoran la escena, y embarazan el paso cual escombros y trozos de columnas de ruinas de gigantescos palacios de mármol. Los declives que el débil calor del sol no ataca, ofrecen planos más o menos inclinados, según la montaña que cubren, y descenso cómodo y lleno de novedad al viajero, que sentado se deja llevar por la gravitación, recorriendo a veces en segundos distancias de miles de varas. Este es quizá el único placer que permite aquella escena, en que lo blanco del paisaje sólo es accidentado por algunos negros picos demasiado perpendiculares para que la nieve se sostenga en sus flancos, formando contraste con el cielo azul-oscuro de las grandes alturas.
Los temporales son frecuentes en aquella estación, y aunque hay de distancia en distancia casuchas para guarecerse, si no se ha tenido la precaución de examinar el aspecto del campanario, que es el más elevado pico vecino, y asegurarse de que ninguna nubecilla corona sus agujas, o vapores cual lana desflecada empiezan a condensarse a sus flancos, grave riesgo se corre de perecer, perdido el rumbo entre casucha y casucha, casi cegadas por la caída de copos de nieve tan densa que no permite verse las manos.
Aquella vez no eran los viandantes ni el correísta que lleva la valija a espaldas de un mozo de cordillera, ni transeúntes, de ordinario extranjeros que buscan este arriesgado paso del Atlántico al Pacífico. Eran emigrados políticos que, a esa costa, regresaban a su patria contando con incorporarse al ejército del general La Madrid, antes que se diese la batalla que venía a librarle el general Oribe a marchas forzadas desde Córdoba.

***

En septembre 1842, quand les neiges qui s’accumulent pendant l’hiver sur l’arête centrale des Andes n’ont pas encore fondu, un groupe de voyageurs prétendait traverser ces blanches solitudes depuis le Chili. Là où des vallées de neige conduisent à des crêtes colossales de granit qu’il faut escalader à pied, en s’appuyant sur une canne et en évitant de s’enfoncer dans des abîmes que creusent des rivières qui coulent de nombreux mètres plus bas ; et avec les pieds recouverts de cuir, afin de se préserver du contact de la neige qui, en stoppant le sang, tue localement les muscles au moyen de fatales brûlures.
Les Pénitents : des colonnes et des aiguilles de neige formées par le dégel imparfait, selon si l’air et le soleil meurtrissent plus intensément. Ces décombres et ces morceaux de colonnes de ruines de gigantesques palais en marbre décorent la scène et gênent le passage. Les pentes que la faible chaleur du soleil n’attaque pas, offrent des plans plus ou moins inclinés, selon la montagne qu’elles couvrent, ainsi qu’une descente pratique et pleine de nouveauté au voyageur qui, assis, se laisse porter par la gravitation, parcourant parfois en quelques secondes, des dizaines de milliers de mètres. Cela est sans doute l’unique plaisir que permet cette scène, où le blanc du paysage n’est accidenté que par quelques pics noirs trop perpendiculaires pour que la neige demeure sur leurs flancs, formant un contraste avec le ciel bleu foncé des grandes altitudes. Les tempêtes sont fréquentes en cette saison-là. Bien qu’il y ait, entre chaque distance parcourue, des bicoques pour s’abriter, si on n’a pas pris la précaution d’examiner l’aspect du Campanario, qui est la pointe voisine la plus élevée, et de s’assurer qu’aucun petit nuage ne couronne ses aiguilles, ou que des vapeurs à la laine effrangée ne commencent à se condenser sur ses flancs, on court un grand risque de périr, la direction perdue de bicoque en bicoque, presque effacées par la chute de flocons de neige, si dense, qu’elle ne permet pas de voir ses mains. Cette fois-là, il ne s’agissait pas des promeneurs ou du facteur qui emmène sa sacoche sur le dos d’un porteur de cordillère, ni de passants, d’ordinaire des étrangers qui recherchent ce passage risqué de l’Atlantique au Pacifique. C’était des émigrés politiques qui, à ce prix, retournaient dans leur patrie avec l’intention d’entrer dans l’armée du Général La Madrid, avant de mettre les bouchées doubles pour livrer la bataille qui allait libérer le Général Oribe depuis Córdoba.

jeudi 11 novembre 2010

Entretien avec Nathalie Mege, traductrice (anglais)

Nathalie Mege est traductrice littéraire de l’anglais vers le français.
Elle a traduit (entre autres) Insoupçonnable de Lynda La Plante, Les Délaissés de  Richard Van Camp et L'Oiseau Moqueur de Sean Stewart.
Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions que voici…

1) Comment en êtes vous venue à la traduction?
Enfant, j'ai toujours voulu comprendre et traduire les paroles de chanson en anglais, et j'écrivais déjà. Plus tard, ayant beaucoup de temps libre en licence, j'ai commencé à écrire et traduire pour des fanzines. Un auteur que j'adorais, James Tiptree Jr, venant de se suicider, j'ai traduit pour mon plaisir (et pour prolonger quelque chose de ma relation avec ses textes, j'imagine) ses deux dernières novellas parues dans une revue américaine. Puis, le déclic a été ma rencontre avec ma condisciple de l'époque, Nathalie Duport Serval, elle aussi étudiante en licence d'anglais à Bordeaux, mais déjà traductrice pour la revue Fiction. Nathalie m'a introduite auprès de la rédaction et m'a ainsi permis de proposer ces deux textes de Tiptree, qui ont été acceptés.

2) Quelle a été votre première traduction et quel souvenir en gardez-vous aujourd'hui?
Le premier ouvrage que j'ai "traduit" était un roman sentimental pseudohistorique sans intérêt pour moi, sinon qu'il fallait couper 40% du texte alors que l'intrigue se déroulait sur vingt ans et que l'héroïne irlandaise pondait une flopée d'enfants. Cet aspect là des choses (trancher dans le texte) s'est révélé assez jouissif puisque j'ai pu supprimer plusieurs personnages secondaires inutiles et que j'ai carrément dû imaginer toute une scène pour que l'intrigue tienne debout  malgré tout. Mais c'est sans doute un cas extrême en traduction et je ne recommanderais ce genre d'expérience à personne. 

Le premier ouvrage que j'ai traduit sans avoir à le charcuter "pour son bien" à la demande de l'éditeur était un polar de Sandra Scoppettone, pour la collection des Noirs de Natalie Beunat au Fleuve Noir. Le souvenir que j'en garde, c'est que je ne trouvais pas de titre à proposer alors que j'aimais beaucoup ce quatrième opus de la série des Lauren Laurano.  Et puis, au dernier moment, à deux heures du matin, la veille de la réunion avec les commerciaux, je me suis réveillée sur une trouvaille : "Toute la mort devant nous", et j'ai laissé un message sur la boîte vocale de Natalie. Tout le monde a aimé et mon unique proposition de titre a été adoptée.

3) Comment choisissez-vous les textes que vous traduisez?
On ne choisit pas toujours. Parfois, on a cette liberté, parfois pas… pour des questions d'amitié, ou d'argent, par exemple. Mais quand j'ai toute latitude pour répondre, je me fie à mon plaisir de lectrice, et à mon intuition : si des formulations françaises ne me viennent pas naturellement quand je lis l'anglais, c'est signe que je risque de m'arracher les cheveux sur ce texte même si je l'aime. Or, je tiens à mes cheveux. :-)

4) Quel est votre rapport avec les auteurs?
Bon, voire très bon, en général. Il arrive que certains aient du mal à comprendre notre travail et vivent mal nos questions, mais, dans mon expérience, c'est assez rare, du moment que l'on attend la toute fin de la traduction pour synthétiser nos interrogations par courriel.

En dehors de cet aspect de travail de compréhension du texte, les relations suivent tous les cas de figure de l'amitié littéraire : coups de foudre, franches rigolades, parfois paranoïa ou bouderie. De ce point de vue, une relation auteur / traducteur ressemble beaucoup à une relation auteur / auteur.

5) Et au niveau de l'édition, quels rapports entretenez-vous avec les éditeurs?
Je pars du principe que 1) ce métier n'est pas assez rémunérateur pour m'obliger à bosser avec des gens dont je n'admire pas le travail et dont je n'apprécie pas la personnalité, et 2) nous sommes là pour collaborer dans l'intérêt du texte. Résultat, en général, ça se passe bien. 


6) Quels sont vos outils de travail lorsque vous traduisez?
MacMini sous Léopard, clavier et souris sans fil, écran de 21 pouces, navigateur Camino, GlimmerBlocker pour l'antipub sur le Net, Dropbox pour la sauvegarde, Evernote pour les prises de notes, Spotlight (outil de recherche du Mac qui plonge dans les glossaires que j'ai amassés sur mon disque dur au fil des années), ainsi que divers plugins de ma fabrication qui permettent des recherches personnalisées sur de nombreux sites de référence ou de vocabulaire anglais, français et anglais-français. Plus des ajouts spécialisés, souvent sous forme de livre ou, mieux, d'ebook, en fonction de chaque ouvrage à traduire. 

7) Lorsque vous rencontrez une difficulté, que vous êtes bloquée, comment-vous en sortez-vous?
Je vais me préparer un thé et si l'obstacle résiste :
en hiver, je rentre du bois,
en été, je vais piquer une tête,
à la mi-saison, je me balade.

8) Qu'aimez-vous le plus dans votre métier?
En dehors de mon plaisir de lectrice et du fait de le retransmettre : n'avoir pas d'horaires de bureau, pouvoir sacrifier à ma sieste quotidienne et ne pas devoir habiter en ville. Mes chats aussi sont ravis.


9) Exercer ce métier a-t-il fait de vous une lectrice différente?
Si l'on peut dire… Comme beaucoup d'auteurs, qui expliquent qu'en période d'écriture, la voix d'un autre auteur brouillerait la traduction sur le papier de la leur, je dois me concentrer sur la voix de quelqu'un d'autre et faire des acrobaties pour me l'approprier. Résultat : je lis pour l'essentiel entre deux contrats. (Sauf la poésie, que je peux avaler à n'importe quel moment de l'année et de la journée.)

Quant au roman que je lis pour le traduire, lors de la deuxième lecture, préalable au travail de traduction proprement dit, je le regarde plutôt avec un œil d'auteur que de simple lectrice, pour mieux comprendre sa construction au-delà de son ton et de son style. Mais il est vrai que je me lance dans l'écriture de roman ces temps-ci…

 10) Quel est votre meilleur souvenir en tant que traductrice?
Des fous rires de relecture d'épreuves avec des éditeurs complices.


11) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un(e) apprenti(e) traducteur(trice)?
Si vous n'avez pas la fibre du livre et de la littérature, ne vous dirigez pas vers la traduction littéraire, qui implique un statut d'intello précaire.

mercredi 10 novembre 2010

"Crac...Badaboum. Bon sang! s'exclama l'inspecteur principal Dover"

Misfortune par Riolu19054


Crac…Badaboum.
— Bon sang ! – s’exclama l’inspecteur principal Dover – Mais vous faites quoi, Mills ??
— Rien, rien, je regardais…
— Bon… Reprenons. Je disais donc, victime ligotée à une chaise. Stigmates aux mains et aux pieds. Coupure dans le dos. Je dirais plutôt, entaille profonde. Aucune trace d’objet tranchant sur la table malgré le fait qu’on soit dans une cuisine. Impossibilité de détecter d’autres signes sur le corps de la victime : état de décomposition trop avancé. Couvert placés en croix. Verre rempli d’eau trouble.
Craaac ! Boum, boum, boum !
— Mills ! Nom de Dieu ! Vous avez tout foutu en l’air ! On vous a dit que ce fichu taudis menaçait de s’écrouler. Pourquoi faut-il que vous fourriez toujours vos sales pattes partout ? Et voilà, toutes les preuves sont perdues. Comment va-t-on faire maintenant, hein ?
— Désolé, chef.
— Et arrêtez d’être désolé ! Ça me met hors de moi !
— Mais…Chef…
— Taisez-vous et aidez-moi à dégager ce tas de bois pourri. Le corps était déjà bien bouffé par les vers. Il ne va plus rien nous rester…
— Chef ! Je crois qu’il a égaré sa tête, le malheureux.
— Je rêve… Tout ce qu’il nous fallait ! Mais cherchez-la, abruti, avant que je vous arrache la vôtre ! Non mais comment voulez-vous être efficace avec un débile pareil.
Plus qu’un an… – songea-t-il avec délice – Un an et je prends ma retraite… Ah… Comme je vais être bien dans mon jardin à ne déterrer que des fleurs…
— Chef ! Chef !
— Quoi ? Qu’est ce que vous avez cassé encore ?
— Rien, chef… J’ai retrouvé sa tête. Elle est dans un sale état par contre. Attendez, j’ôte les vers avant de vous la rendre. Ça grouille là-dedans ! Ah, il lui manque un œil. Vous pensez qu’il manquait déjà ou qu’on lui a enlevé ?
— Qu’est-ce que j’en sais moi ? Ne touchez pas à ces saloperies d’asticots ! C’est des preuves Mills, des preuves ! Et vous en avez suffisamment détruit comme ça ! Donnez-moi cette tête ! Je vais la mettre dans un sac plastique pour l’envoyer au labo. Il y a largement de quoi faire avec tout ça.
— Chef… C’est pas tout... Y a un papier dans le coin. Pile là où j’ai retrouvé le crâne.
— Eh bien, faites voir ! – s’emporta l’inspecteur Dover, impatient.
— Tiens, c’est bizarre… Y a une pièce scotchée sur le papier. Encore un objet comme dans l’enquête du mois dernier…
— Et vous pensez que c’est lié ?
— Laissez-moi réfléchir…
— Allez-y, prenez votre temps. Au point où on en est, je peux bien vous accorder cette faveur…
— « Cha-ri-té » – lut-il à haute voix – Mais oui !
— Un tueur rancunier ? – demanda l’inspecteur, perplexe.
— Mais non… C’est pourtant clair comme de l’eau de roche. Enfin dans ce cas-là, comme de l’eau bénite.
— Vous pouvez expliciter Mills ? Ce n’est pas que je sois bête, mais alors tous ces trucs de religion et moi, comment dire… Ça fait deux.
— Bon, pour faire court, la charité est une des sept vertus de la chrétienté. Le mot que nous avons trouvé le mois dernier indiquait « Foi » et était accompagné d’un chapelet. Vous pigez ? Ça fait deux vertus ! Manque plus que l’espérance, la prudence, la justice, la tempérance et la force ! Il reste cinq meurtres, chef. J’en suis pratiquement sûr…
Mais de là à savoir où ils se produiront, comment, pourquoi et par qui, c’en est trop pour moi…
— Ça, c’est mon boulot et celui des scientifiques, don’t worry. J’espère que la tête de ce pauvre homme suffira à nous aider pour traquer ce malade.
En tout cas, je dois dire que sur ce coup là, vous m’impressionnez… Vous n’êtes pas aussi bête que vous le laissez croire. Vous servez donc à quelque chose malgré vos conneries. Bien joué, Mills !

mardi 9 novembre 2010

Version de dimanche 7 - Horacio Quiroga, El espectro

A los tres días de la escena que acabo de relatar regresamos a Hollywood. Y un mes más tarde se repetía exactamente la situación: yo de nuevo a los pies de Enid
con la cabeza en sus rodillas, y ella queriendo evitarlo.
—Te amo cada día más, Enid...
—¡Guillermo!
—Dime que algún día me querrás.
—¡No!
—Dime solamente que estás convencida de cuánto te amo.
—¡No!
—Dímelo.
—¡Déjame! ¿No ves que me estás haciendo sufrir de un modo horrible?
Y al sentirme temblar mudo sobre el altar de sus rodillas, bruscamente me levantó la cara entre las manos:
—¡Pero déjame, te digo! ¡Déjame! ¿No ves que también te quiero con toda el alma y que estamos cometiendo un crimen?
Cuatro meses justos, ciento veinte días transcurridos apenas desde la muerte del hombre que ella amó, del amigo que me había interpuesto como un velo protector entre su mujer y un nuevo amor...
Abrevio. Tan hondo y compenetrado fue el nuestro, que aun hoy me pregunto con asombro qué finalidad absurda pudieron haber tenido nuestras vidas de no habernos encontrado por bajo de los brazos de Wyoming.
Una noche—estábamos en Nueva York—me enteré que se pasaba por fin El páramo, una de las dos cintas de que he hablado, y cuyo estreno se esperaba con ansiedad. Yo también tenía el más vivo interés de verla, y se lo propuse a Enid.
¿Por qué no?
Un largo rato nos miramos; una eternidad de silencio, durante el cual el recuerdo galopó hacia atrás entre derrumbamiento de nieve y caras agónicas.


***


Trois jours après la scène que je viens de raconter, nous retournâmes à Hollywood. Et un mois plus tard, la situation se répétait à l’identique : moi, de nouveau aux pieds d’Enid, la tête sur ses genoux, et elle désirant éviter ça.
— Je t’aime un peu plus chaque jour, Enid.
— Guillermo !
— Dis-moi qu’un jour, tu m’aimeras.
— Non !
— Dis-moi seulement que tu sais combien je t’aime.
— Non !
— Dis-le-moi.
— Laisse-moi ! Tu ne vois pas que tu es en train de me faire souffrir de façon horrible ?
Et en me sentant trembler, muet, sur l’autel de ses genoux, elle releva brusquement ma tête avec ses mains.
— Mais laisse-moi, je te dis ! Laisse-moi ! Tu ne vois pas que moi aussi, je t’aime de toute mon âme et que nous sommes en train de commettre un crime ?
Exactement quatre mois, à peine cent-vingt jours écoulés depuis la mort de l’homme qu’elle a aimé, de l’ami qui m’avait interposé comme un voile protecteur entre sa femme et un nouvel amour…
J’abrège. Notre amour fut si profond et si harmonieux, que je me demande encore aujourd’hui avec étonnement, quelle finalité absurde auraient pu avoir nos vies si nous ne nous étions pas rencontrés grâce à Wyoming.
Un soir – nous étions à New-York –, j’ai appris qu’on passait enfin Le désert, un des deux films auxquels j’ai fait allusion, et dont on attendait la première avec anxiété. J’étais moi aussi, très curieux de le voir. Je le proposai donc à Enid.
Pourquoi pas ?
Nous nous regardâmes un long moment ; une éternité de silence, durant laquelle, le souvenir galopa vers le passé, parmi de grosses chutes de neige et des visages agonisants.