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dimanche 5 décembre 2010

Version du Capes 2010. Antonio Soler, Lausana

Voici la version que les étudiants préparant le concours du Capes ont eue en novembre.
Et juste en dessous, ma traduction.


Papa me contó que el Fresador Vila había salido de Málaga en 1937. Su padre era un fotógrafo comunista que, asustado por las barbaridades que pudieran cometer las tropas africanas al entrar en la ciudad, había montado en un carro, del que él mismo iba a tirar, un par de colchones enrollados, varios atillos de ropa, una caja de hierro con su material fotográfico, y a su hijo Jesús, que apenas tendría unos cinco o seis años y que salió de Málaga con los ojos abiertos de par en par, cubierto por una especie de abrigo de astracán y una misteriosa gorra de plato demasiado grande y que podría abarcar dos cabezas como la suya. Así lo fotografió su padre frente a las playas de El Palo el día que salían de la ciudad.
Despavorido pero serio, con un cierto aire soviético. Le Petit Bolchevique.
Todavía conservamos esa foto que desde que la vi por primera vez ya era de color sepia y tenía los bordes comidos. A mí, ni entonces ni nunca después, me habló Jesús de aquel éxodo por la costa mediterránea, desde Málaga hasta Almería, su padre tirando del carro, volcado hacia delante, y su madre agarrada a una cuerda que colgaba de la parte trasera, como si de pronto se hubiera quedado ciega. (...)
Era a Papa a quien le contaba sus recuerdos difusos de entre los que sobresalían algunas imágenes nítidas, como su padre avanzaba entre una multitud cargada con las cosas más extrañas y que caminaba con las tropas republicanas, y como aquella gente se convertía en un hormiguero alocado, roto por el zapato de un niño, cuando a lo lejos se oía el zumbido de los aviones franquistas.

***

Papa m’a raconté que Fresador Vila était parti de Malaga en 1937. Son père était un photographe communiste qui, effrayé par les atrocités qu’avaient pu commettre les troupes africaines en entrant dans la ville, avait mis dans une voiture, qu’il allait lui-même conduire, une paire de matelas enroulés, plusieurs balluchons de vêtements, une boîte en fer contenant son matériel photographique et son fils Jesús, qui devait avoir à peine cinq ou six ans et qui partit de Malaga les yeux grand-ouverts, couvert d’une espèce de manteau d’astrakan et d’une mystérieuse casquette officier trop grande, pouvant accueillir deux têtes comme la sienne. C’est ainsi que son père le prit en photo devant les plages d’El Palo, le jour où ils quittaient la ville. Épouvanté mais sérieux, avec un petit air soviétique. Le Petit Bolchevique. Nous avons encore cette photo qui, quand je l’ai vue pour la première fois, était déjà couleur sépia et avait les coins rognés. Jesús ne parla jamais avec moi, ni à cette époque ni après, de cet exode par la côte méditerranéenne, de Malaga à Almeria, avec son père conduisant la voiture, courbé en avant, et sa mère agrippée à une corde qui pendait de l’arrière, comme si tout à coup, elle était devenue aveugle. (…)
C’est à papa qu’il racontait ses souvenirs diffus d’entre lesquels ressortaient quelques images nettes, comme celle de son père qui avançait au milieu d’une foule chargée des objets les plus étranges et qui marchait avec les troupes républicaines, ou comme ces gens qui devenaient une fourmilière étourdie, écrasée par la chaussure d’un enfant, quand au loin, on entendait le bourdonnement des avions franquistes.

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