Rechercher dans ce blog

jeudi 25 novembre 2010

Il n'a pas deux sous d'idée

Beer at grandma's par DeufDeuf

Jacques Robert était l’heureux propriétaire de la brasserie du village.
Tout le monde l’appréciait et le surnommait affectueusement « Jacky le brave ». Mais, malgré sa popularité, Jacky n’était pas très futé -ce qui expliquait la deuxième partie de son surnom-.
En réalité, il ne réfléchissait pas beaucoup avant d’agir. Comme aurait dit mon grand-père : « Il n’a pas deux sous d’idée, çui-là ! ».
Presque chaque semaine, Jacky faisait quelque chose de travers. Le mois dernier par exemple, la télévision de la brasserie reçut un projectile lancé par un des spectateurs du match de foot qui n’avait pas apprécié que l’équipe adverse marque un but. L’écran avait une énorme fissure sur le côté droit. Cela n’était pas tellement gênant, mais Jacky décida de le réparer. Il sortit son plus beau ruban adhésif marron (sa femme n’en avait plus de transparent) et recouvrit la fissure. Il descendit de son escabeau, satisfait, et personne n’osa rien dire de peur de le vexer.
Jacky était aussi un amoureux du tuning. Il avait une grosse voiture bleue et argent qu’il avait ornée d’ailerons à l’arrière et d’énormes jantes lustrées. Il avait également mis en place de grosses enceintes dans son coffre. Sa dernière idée lui semblait lumineuse : placer des néons bleus sous la voiture pour ne pas passer inaperçu. N’ayant pas trouvé de néons convenables, Jacky décida d’acheter des néons standards et de les peindre en bleu avant de les fixer sous son petit bijou. Seulement, ces néons n’étaient pas conçus à cet effet. Mais le brave homme ne perdit pas espoir. Il attacha le tout tant bien que mal, fit un tas de branchements compliqués et finalement, les néons furent installés le soir même. Le lendemain, Jacky, fier comme un coq montra sa voiture à tous les clients de la brasserie. En fin d’après-midi, il alla faire un tour dans l’avenue principale du village. Au bout de deux allers-retours, un des néons tomba sur le sol, se brisa et emporta les autres dans sa course folle derrière le bolide. Jacky, qui avait mis la musique à fond, n’avait rien entendu. C’est sa femme qui, en courant vers lui et en lui faisant de grands signes au milieu du chemin, l’alerta.
Le brasseur, déçu que son bricolage n’ait pas tenu, se remit à l’ouvrage trois jours après avec de nouveaux néons et une nouvelle idée. Il n’y a pas besoin de préciser que cette idée fut tout aussi folle que la première et que les néons se brisèrent une fois de plus…
Dernièrement, la femme de Jacky l’appela pour un problème de fuite de la poire de douche. Celle-ci s’était dévissée et le calcaire l’avait bloquée. Jacky n’arrivait pas à revisser la poire et il se dit qu’avec l’aide d’un objet, ce serait beaucoup plus simple. Il envoya sa femme chercher la paire de ciseaux dont il se servait à la brasserie. Celle-ci revint en trottinant et elle lui demanda s’il était sûr de lui. Sans répondre, Jacky tenta de gratter le calcaire avec les lames. Ceci lui prit une bonne heure et quand il eut fini, il essaya de remettre le pommeau tant bien que mal. Je dirais plutôt mal d’ailleurs, au vu de ce que nous a raconté sa femme, très inquiète : les ciseaux ont dérapé et ont entaillé les doigts de son pauvre mari. Jacky servait désormais ses bières avec un bandage peu esthétique sur la main gauche qui, en fin de journée, était tout imprégné du liquide collant.
Je vais arrêter là ma liste des aventures de ce drôle de personnage car nous en aurions pour un moment… Je me demande tout de même comment le brave Jacky a fait pour ne pas se tuer, depuis le temps !

Traduction longue... Verdict!

Bon, bon, bon...
Sur les trois livres choisis, seul un conviendrait pour la traduction longue que nous devons faire.
Post Humo de Mario Valdovinos est vraiment intéressant, il y a des passages difficiles à traduire, des jeux de mots, des références culturelles à foison...mais il est trop court. La mise en page est assez aérée et après avoir compté deux ou trois fois le nombre de signes, je n'en atteins même pas 100.000 :/ (il nous en faut 150.000)
Y tú no me respondes de Poli Délano est un bon livre mais je n'y ai pas trouvé de grand intérêt pour la traduction. Je m'explique : étant donné que nous serons noté sur notre travail de traduction, il faut qu'il y ait tout de même des défis.
Le livre qui a retenu mon attention est donc le troisième : El maquillador de cadáveres de Jaime Casas. Je me suis rendu compte que ce livre a été édité quatre fois depuis sa première publication en 1996! Mais peu importe. Si je me concentre sur le travail universitaire, ce livre est plein d'humour, de références culturelles, il y a un changement de narrateur assez régulièrement (un narrateur extradigétique c'est à dire extérieur à l'histoire et un autre qui est le personnage principal). Ce changement de narrateur signifie un changement de ton très intéressant.
Je vais lire un autre livre plus récent du même auteur (de 2006 : Un actor sin escenario) mais je pense que mon choix est déjà fait...

Affaire à suivre...

jeudi 18 novembre 2010

Les aventures de Monsieur A et de Mémé Paulette.

Granny and Dog par Miro42
Voici un texte que j'ai du écrire en partant de mots que nous avons prononcés en cours cette après-midi.
Les mots étaient : 
- aisselles, 
- Médor, 
- oeil, 
- effroyant (oui, oui, effroyant et non effrayant),
- Monsieur A,
- banquet, 
- Montoise (les délicieux gâteaux de Mont-de-Marsan que nous avons eu le plaisir de découvrir aujourd'hui),
- cendrier, 
- Mémé Paulette, 
- pipe,
- le dernier des mohicans, 
- merci,
- foutre là,
- géniteur,
- plein aux as,
- papillonneur (honte à moi. J'ai créé ce mot à partir du verbe papillonner),
- brousse,
- Tabaski (prénom sénégalais),
- volage.

La liste est longue... Chaque apprenti traducteur passe par cet exercice toutes les semaines. Vous trouverez les textes de mes camarades sur le blog de notre formation Tradabordo!
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture (n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez!)


Monsieur A. était un homme d’origine polonaise. Il avait fait fortune dans sa jeunesse et vivait dans une immense villa avec piscine et majordome.
Monsieur A. n’avait pas encore rencontré la femme de sa vie. Il parcourait le monde et les trente-six pièces de sa demeure tout seul. Enfin, pas tout à fait. Médor, le chien de sa grand-mère le suivait où qu’il aille. Médor était un pékinois qui avait été recueilli par Mémé Paulette il y avait cinq ans. D’ailleurs, Mémé Paulette avait elle aussi été recueillie par son petit fils Monsieur A. Elle perdait un peu la tête mais c’était une brave femme. Monsieur A. pensait toutefois que s’il était encore seul à son âge, ça devait être à cause d’elle.
Pour en revenir à Médor, il fut adopté par cette riche héritière polonaise dans un aéroport. Ses parents, Brutus et Lady Froufrou avaient péri écrabouillés par un escalator. Ce terrible drame bouleversa à tout jamais le pauvre petit chien qu’on ne pouvait consoler qu’avec des Montoises, ses gâteaux préférés.
Un jour, Monsieur A. organisa un grand banquet pour son anniversaire. Il demanda gentiment à Mémé Paulette de ne pas trop se faire remarquer. Avant que les invités n’arrivent, Monsieur A se lava consciencieusement les aisselles et se fit une raie bien droite. Il se prépara ensuite une pipe qu’il avait achetée au cours d’un de ses nombreux voyages en Afrique. Un homme l’avait taillée dans une des défenses d’un éléphant de la brousse. Monsieur A. avait même eu le cendrier assorti, une aubaine !
Tout était fin prêt. La cloche sonna et Monsieur A. fit un clin d’œil à son majordome qui ouvrit grand les portes de la villa. Les convives entrèrent et vinrent saluer leur hôte.
Quand ils furent tous là, ils s’écrièrent en cœur : Joyeux Anniversaiiiire !
— Merci, répondit simplement Monsieur A. Et, après avoir porté un toast, il les invita à se diriger vers le buffet.
Mémé Paulette et Médor étaient sagement assis à une table et Mémé parlait avec un jeune couple. Monsieur A. les rejoignit et s’assit en faisant un léger pet.
— Pardon, dit-il tout bas en pensant que personne n’avait entendu.
— Mon petit, tu pourrais être plus délicat ! C’est effroyant ces manières !
— Voici Mémé Paulette, je ne vous l’ai pas présentée ? – dit Monsieur A. pour tenter de changer de sujet – Ah ! Un moustique ! Je vais l’avoir ce… Qu’est ce qu’il vient foutre là ?
— Tu sais mon chéri, je disais à ces charmantes personnes que mon film préféré était Le dernier des Mohicans. Vous ai-je dis que la petite sauce au tabaski était dé-li-cieuse ?
— Tabasco, Mémé, tabasco…
— Oui, bon, tabasco, tabaski, c’est pareil non ? Je vous laisse, Médor réclame ses Montoises. Allez Médor, viens voir maman !
Monsieur A. s’excusa auprès du couple et s’aperçut qu’il ne les avait jamais vus auparavant.
— Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
— Je m’appelle Yousténa et voici mon frère Maciej. Notre géniteur était un plombier polonais plein aux as. Un papillonneur…
— Un homme volage, vous voulez dire…
— Oui, exactement.
— Que puis-je faire pour vous ?
— À vrai dire, c’est un peu gênant… Votre grand-mère a recueilli Médor il y a maintenant cinq ans. À cette époque, notre père était en parfaite santé mais aujourd’hui, il est mourant. Sa dernière volonté serait de voir Médor une dernière fois.
— Oh, je comprends. Il n’y a aucun problème…
— Il faudrait que votre grand-mère accepte de… de venir avec nous à Varsovie.
— Ne vous en faites pas, je vais lui en parler.
N’hésitant pas une seconde, Monsieur A. appela sa grand-mère et en profita pour toucher le derrière (mou comme du pot-au-feu en gelée, quelle déception !) de Yousténa.
— Hé, Mémé ! Prépare ton sac et ton toutou ! Tu repars dans ton pays demain matin !

Mystère

years_keeping par darquekiddquinn12
 Voici mon texte sur le thème Mystère.
 J'ai eu beaucoup de mal à clore ce récit. Et vous, quelle fin auriez-vous imaginée?...



Il était une fois, il y a fort longtemps,  tout en haut d’une montagne enneigée, un petit village dont plus personne ne se rappelle le nom.
Ce village avait l’air tout à fait ordinaire. Il comptait peu d’habitants et ceux-ci étaient toujours d’humeur joyeuse. Les rares voyageurs qui faisaient escale en ce lieu alpestre étaient chaleureusement accueillis : le boulanger leur préparait ses fameux petits pains à la cannelle et les femmes confectionnaient de délicieuses tartes aux pommes.
Mais un jour, un étranger peu avenant arriva. Il n’adressa la parole à personne, sauf à l’aubergiste à qui il demanda une chambre. Il ne dîna même pas et alla se coucher immédiatement. Les habitants se dirent qu’il devait être exténué car l’accès au village était périlleux. Le lendemain matin, le boulanger lui apporta des petits pains directement à l’auberge. Mais l’étranger maugréa et n’y jeta pas un regard. Le boulanger s’empressa de raconter cet épisode à ses voisins et chacun se fit son opinion. L’homme rentra le soir à l’auberge et n’en sortit pas avant le lendemain matin.
Ceci dura plusieurs semaines. L’homme sortait le matin et rentrait la nuit. Les femmes se rassuraient en disant : « Au moins, il ne rode pas devant chez nous ! Et il ne fait de tort à personne. Laissons le tranquille… ».
Toutefois, leurs maris n’étaient pas du même avis. Ils se gardèrent pourtant de le dire jusqu’à ce qu’un beau jour, chaque habitant trouve une lettre cachetée sur le pas de sa porte.
Les lettres ne comportaient aucun nom. Il n’y avait aucun moyen de savoir d’où elles provenaient. En les ouvrant, tous furent surpris de ne rien lire : une figure était simplement dessinée au crayon. Une sorte d’animal inquiétant, comme un loup, entouré de volutes.
Tout les villageois restèrent perplexes. À la nuit tombée, certains ne purent dormir sur leurs deux oreilles car ce dessin les avait inquiétés. Qui était à l’origine de ce courrier mystérieux ? Les hommes pensaient à leur hôte.
Deux jours plus tard, le curieux postier passa à nouveau sans que personne ne pût le voir. Sur le palier de chaque maison se trouvait une seconde lettre. Cachetée elle aussi et contenant un dessin qui fit beaucoup réfléchir les pauvres gens. Cette fois, on pouvait deviner un cheval à l’orée d’un bois.
Celui qu’on appelait l’idiot du village, car lui-même ne savait plus comment il se nommait, avait été désigné pour passer la nuit sous le porche et surveiller les environs.
Mais cette nuit-là, le postier ne passa pas.
L’idiot passa une semaine entière dehors, et il ne vit rien. Les villageois décidèrent donc de laisser cette histoire de côté. L’un d’eux fit néanmoins remarquer que le voyageur arrivé quelques temps auparavant n’avait pas reparu depuis plusieurs jours. Les femmes et les enfants commencèrent à s’affoler et les hommes durent rassurer tout ce petit monde.
Un matin, tous tombèrent sur une troisième lettre mais celle-ci était blanche. Blanche oui, mais un tout petit oiseau, un pigeon ou une colombe, était esquissé dans un coin.
Tous les habitants du paisible village se rassemblèrent et se creusèrent la tête pour comprendre ces messages codés. Le voyageur n’avait toujours pas refait surface et l’aubergiste assurait qu’il n’avait pas récupéré la clé de la chambre.
Le charpentier, un homme rustre et sans manières, décida de faire irruption, la nuit venue, dans la chambre de l’inconnu.
Les hommes s’armèrent de patience et lorsque le soleil se fût couché, ils se dirigèrent vers l’auberge. En guise de salut, on leur ordonna de ne pas faire de bruit. L’aubergiste frappa mais personne ne répondit… Il força alors la porte et…

L’étranger n’était pas là.
Sur le mur, un dessin. Un dessin magnifique qui était tâché par de la cire rouge.
Les hommes, époustouflés par tant de beauté et de délicatesse furent comme obnubilés par les traits fins du visage qu’on avait représenté. Ils décidèrent de rentrer chez eux, à demi rassurés et en ayant, pensaient-ils, résolu le mystère des enveloppes : l’étranger devait tout simplement être un artiste qui préférait vivre reclus. Ses œuvres ne pouvaient faire de mal à personne.
Ce qu’ils ignoraient cependant, c’est que cette chambre n’était pas la sienne…


mardi 16 novembre 2010

Domingo F. Sarmiento, El Chacho (1898)

Voici un texte qui m'a donné du fil à retordre...
N'hésitez pas à commenter et à critiquer!

En septiembre de 1842, cuando todavía no dan paso las nieves que se acumulan durante el invierno sobre la areta central de los Andes, un grupo de viajeros pretendía desde Chile atravesar aquellas blancas soledades, en que valles de nieve conducen a crestas colosales de granito que es preciso escalar a pie, apoyándose en un báculo, evitando hundirse en abismos que cavan ríos corriendo a muchas varas debajo; y con los pies forrados en pieles, a fin de preservarse del contacto de la nieve que, deteniendo la sangre, mata localmente los músculos haciendo fatales quemaduras.
Los Penitentes ; columnas y agujas de nieve que forma el desigual deshielo, según que el aire o el sol hieren con más intensidad, decoran la escena, y embarazan el paso cual escombros y trozos de columnas de ruinas de gigantescos palacios de mármol. Los declives que el débil calor del sol no ataca, ofrecen planos más o menos inclinados, según la montaña que cubren, y descenso cómodo y lleno de novedad al viajero, que sentado se deja llevar por la gravitación, recorriendo a veces en segundos distancias de miles de varas. Este es quizá el único placer que permite aquella escena, en que lo blanco del paisaje sólo es accidentado por algunos negros picos demasiado perpendiculares para que la nieve se sostenga en sus flancos, formando contraste con el cielo azul-oscuro de las grandes alturas.
Los temporales son frecuentes en aquella estación, y aunque hay de distancia en distancia casuchas para guarecerse, si no se ha tenido la precaución de examinar el aspecto del campanario, que es el más elevado pico vecino, y asegurarse de que ninguna nubecilla corona sus agujas, o vapores cual lana desflecada empiezan a condensarse a sus flancos, grave riesgo se corre de perecer, perdido el rumbo entre casucha y casucha, casi cegadas por la caída de copos de nieve tan densa que no permite verse las manos.
Aquella vez no eran los viandantes ni el correísta que lleva la valija a espaldas de un mozo de cordillera, ni transeúntes, de ordinario extranjeros que buscan este arriesgado paso del Atlántico al Pacífico. Eran emigrados políticos que, a esa costa, regresaban a su patria contando con incorporarse al ejército del general La Madrid, antes que se diese la batalla que venía a librarle el general Oribe a marchas forzadas desde Córdoba.

***

En septembre 1842, quand les neiges qui s’accumulent pendant l’hiver sur l’arête centrale des Andes n’ont pas encore fondu, un groupe de voyageurs prétendait traverser ces blanches solitudes depuis le Chili. Là où des vallées de neige conduisent à des crêtes colossales de granit qu’il faut escalader à pied, en s’appuyant sur une canne et en évitant de s’enfoncer dans des abîmes que creusent des rivières qui coulent de nombreux mètres plus bas ; et avec les pieds recouverts de cuir, afin de se préserver du contact de la neige qui, en stoppant le sang, tue localement les muscles au moyen de fatales brûlures.
Les Pénitents : des colonnes et des aiguilles de neige formées par le dégel imparfait, selon si l’air et le soleil meurtrissent plus intensément. Ces décombres et ces morceaux de colonnes de ruines de gigantesques palais en marbre décorent la scène et gênent le passage. Les pentes que la faible chaleur du soleil n’attaque pas, offrent des plans plus ou moins inclinés, selon la montagne qu’elles couvrent, ainsi qu’une descente pratique et pleine de nouveauté au voyageur qui, assis, se laisse porter par la gravitation, parcourant parfois en quelques secondes, des dizaines de milliers de mètres. Cela est sans doute l’unique plaisir que permet cette scène, où le blanc du paysage n’est accidenté que par quelques pics noirs trop perpendiculaires pour que la neige demeure sur leurs flancs, formant un contraste avec le ciel bleu foncé des grandes altitudes. Les tempêtes sont fréquentes en cette saison-là. Bien qu’il y ait, entre chaque distance parcourue, des bicoques pour s’abriter, si on n’a pas pris la précaution d’examiner l’aspect du Campanario, qui est la pointe voisine la plus élevée, et de s’assurer qu’aucun petit nuage ne couronne ses aiguilles, ou que des vapeurs à la laine effrangée ne commencent à se condenser sur ses flancs, on court un grand risque de périr, la direction perdue de bicoque en bicoque, presque effacées par la chute de flocons de neige, si dense, qu’elle ne permet pas de voir ses mains. Cette fois-là, il ne s’agissait pas des promeneurs ou du facteur qui emmène sa sacoche sur le dos d’un porteur de cordillère, ni de passants, d’ordinaire des étrangers qui recherchent ce passage risqué de l’Atlantique au Pacifique. C’était des émigrés politiques qui, à ce prix, retournaient dans leur patrie avec l’intention d’entrer dans l’armée du Général La Madrid, avant de mettre les bouchées doubles pour livrer la bataille qui allait libérer le Général Oribe depuis Córdoba.