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vendredi 21 janvier 2011

Coupure d'électricité


Grottes de Majolan, Blanquefort. Julie Sanchez
Grégoire vivait seul. En hiver, les journées étaient courtes, mais peu lui importait. Il adorait rentrer chez lui à la nuit tombée et s’allumer un bon feu. Se reposer dans son fauteuil, laisser ses muscles se détendre et son corps s’imprégner de la chaleur que dégageait le bois… Quel bonheur ! Quand il faisait bien chaud, il allait en cuisine pour préparer son dîner.
Une vie simple, sans grands mystères. Toutefois, Grégoire aimait cette routine qui s’était installée et qui le rassurait.
Il était seul dans sa petite maison de campagne et même si la présence d’une femme lui manquait, il était heureux de vivre à son rythme dans un endroit si tranquille. Les soirs de tempête, il se délectait du bruit que faisait le vent en glissant sur les volets. On aurait dit un sifflement. Comme si un esprit l’appelait de sa douce voix pour le convaincre de le suivre dans les limbes… Cela ne l’inquiétait pas outre mesure. Son poulet rôti sentait délicieusement bon, ce soir-là, mais une coupure d’électricité l’ôta de ses pensées. Surpris, Grégoire ne perçut plus les sifflements du vent de la même façon. Il se mit en quête d’une lampe de poche. Il se leva de son fauteuil, et marcha en frôlant les murs pour ne pas trébucher. Le vent soufflait et l’orage grondait. À la recherche de sa lampe, il avançait dans ce qui lui semblait être une grotte, désormais. Le feu, au centre, aurait tout aussi bien pu lui servir de four. Il pensa d’ailleurs à son poulet rôti, qui ne serait jamais cuit si l’électricité ne se rétablissait pas. Qu’importe, il le ferait revenir dans une poêle sur la gazinière…
Les murs étaient froids et les flammes, qui se reflétaient dans le grand miroir de l’entrée, donnaient une ambiance chaleureuse à la pièce sombre.
En levant les yeux, il aperçut des stalactites ça et là. De petites gouttes de cristal perlaient à leur extrémité. Même si le feu était vif, Grégoire se mit à frissonner. Après avoir enfin trouvé sa lampe, il chercha sa couverture à poils longs dans le placard. Sa tanière était certes confortable mais elle se refroidissait vite. La pluie ne cessait pas et, curieux, Grégoire avait entrouvert un volet. En sécurité, emmitouflé dans sa couverture, il pouvait observer les éléments déchaînés. De gros éclairs se perdaient dans les champs alentours et le faisaient sursauter.
Grégoire prit conscience qu’il avait faim. Il ne devait pas être très tard mais il se dirigea tout de même vers la cuisine, la lampe de poche à la main. Afin d’avoir les mains libres pour pouvoir faire cuire son poulet, il attacha sa lampe au niveau du front avec un énorme élastique. Les flammes bleues se reflétaient sur la poêle et Grégoire avait l’air d’un spéléologue qui, prit dans un ouragan, se serait réfugié dans une cavité à l’abri du vent.
Se prenant au jeu, Grégoire décida de vivre comme dans une caverne ce soir-là. Histoire de briser la routine. Pour une fois, une toute petite fois…
En attendant que le poulet cuise dans la poêle, il installa sa couverture sur le sol du salon, tout près du feu, et se dit que ce soir, il mangerait sans couverts.
Quand le poulet fut bien grillé, il se dirigea dans le salon pour disposer le plat et de quoi boire sur son tapis de poils, tout en prenant soin d’éviter les stalactites de cristal.
Mais tout d’un coup, l’électricité revint, gâchant tout son plaisir d’aventurier affamé. Grégoire ne se laissa pas abattre. Il appuya sur l’interrupteur et revint pour déguster son dîner.

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