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mardi 9 novembre 2010

Version de dimanche 7 - Horacio Quiroga, El espectro

A los tres días de la escena que acabo de relatar regresamos a Hollywood. Y un mes más tarde se repetía exactamente la situación: yo de nuevo a los pies de Enid
con la cabeza en sus rodillas, y ella queriendo evitarlo.
—Te amo cada día más, Enid...
—¡Guillermo!
—Dime que algún día me querrás.
—¡No!
—Dime solamente que estás convencida de cuánto te amo.
—¡No!
—Dímelo.
—¡Déjame! ¿No ves que me estás haciendo sufrir de un modo horrible?
Y al sentirme temblar mudo sobre el altar de sus rodillas, bruscamente me levantó la cara entre las manos:
—¡Pero déjame, te digo! ¡Déjame! ¿No ves que también te quiero con toda el alma y que estamos cometiendo un crimen?
Cuatro meses justos, ciento veinte días transcurridos apenas desde la muerte del hombre que ella amó, del amigo que me había interpuesto como un velo protector entre su mujer y un nuevo amor...
Abrevio. Tan hondo y compenetrado fue el nuestro, que aun hoy me pregunto con asombro qué finalidad absurda pudieron haber tenido nuestras vidas de no habernos encontrado por bajo de los brazos de Wyoming.
Una noche—estábamos en Nueva York—me enteré que se pasaba por fin El páramo, una de las dos cintas de que he hablado, y cuyo estreno se esperaba con ansiedad. Yo también tenía el más vivo interés de verla, y se lo propuse a Enid.
¿Por qué no?
Un largo rato nos miramos; una eternidad de silencio, durante el cual el recuerdo galopó hacia atrás entre derrumbamiento de nieve y caras agónicas.


***


Trois jours après la scène que je viens de raconter, nous retournâmes à Hollywood. Et un mois plus tard, la situation se répétait à l’identique : moi, de nouveau aux pieds d’Enid, la tête sur ses genoux, et elle désirant éviter ça.
— Je t’aime un peu plus chaque jour, Enid.
— Guillermo !
— Dis-moi qu’un jour, tu m’aimeras.
— Non !
— Dis-moi seulement que tu sais combien je t’aime.
— Non !
— Dis-le-moi.
— Laisse-moi ! Tu ne vois pas que tu es en train de me faire souffrir de façon horrible ?
Et en me sentant trembler, muet, sur l’autel de ses genoux, elle releva brusquement ma tête avec ses mains.
— Mais laisse-moi, je te dis ! Laisse-moi ! Tu ne vois pas que moi aussi, je t’aime de toute mon âme et que nous sommes en train de commettre un crime ?
Exactement quatre mois, à peine cent-vingt jours écoulés depuis la mort de l’homme qu’elle a aimé, de l’ami qui m’avait interposé comme un voile protecteur entre sa femme et un nouvel amour…
J’abrège. Notre amour fut si profond et si harmonieux, que je me demande encore aujourd’hui avec étonnement, quelle finalité absurde auraient pu avoir nos vies si nous ne nous étions pas rencontrés grâce à Wyoming.
Un soir – nous étions à New-York –, j’ai appris qu’on passait enfin Le désert, un des deux films auxquels j’ai fait allusion, et dont on attendait la première avec anxiété. J’étais moi aussi, très curieux de le voir. Je le proposai donc à Enid.
Pourquoi pas ?
Nous nous regardâmes un long moment ; une éternité de silence, durant laquelle, le souvenir galopa vers le passé, parmi de grosses chutes de neige et des visages agonisants.

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